(Le titre Rambax est dédié à la mémoire de Haby Ganna Diop la reine du “tassou” ) Le “tassou” est un style rap avec un débit térnaire que l’on retrouve toujours chez les griots où dans les fêtes traditionnelles.
"Nous sommes un peu comme des griots modernes", résume Phénoménal Aslama « Pheno », un des 18 Slameurs de six nationalités retenus pour une tournée "Slamophonies" en Afrique centrale et de l'Ouest en mars et avril. "Ecouter un griot, c'est comme écouter un Slameur « roots », un Slameur traditionnel! Quand tu l'écoutes, tu as envie de comprendre", ajoute-t-il.
Le Slam, sorte de poésie populaire, connaît un "succès important" ces dernières années au Gabon, et "avec l'amélioration de la qualité, on s'est dit qu'il fallait le faire connaître à l'extérieur", affirme Guy Lacroix, directeur du Centre culturel français de Libreville à l'origine de l'initiative soutenue par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) et Culture France. "Le Slam, c'est une appropriation et libération de la langue.
La francophonie est multiple (...), elle est aussi slamophonie!", souligne Xavier Michel, représentant régional de l'OIF. Gabon (Libreville), Congo (Brazzaville), Cameroun (Douala, Yaoundé), Mali (Bamako) et Niger (Niamey, Maradi, Zinder) sont au programme des poètes originaires du Gabon, Burkina Faso, Cameroun, Mali, Niger et Congo et qui ont passé une dizaine de jours en résidence à Libreville.
La tournée pourrait êtreétendue par la suite. Selon Guy Lacroix, il y a "incontestablement un lien entre le slam et la tradition orale africaine, comme le Mvett au Gabon". Le Mvett est une sorte d'arc musical aujourd'hui doté de plusieurs cordes mais aussi l'ensemble des récits et légendes qu'on raconte en le jouant.
"Ce n'est même pas trop nouveau en Afrique.
Finalement, on a l'habitude de voir ça depuis qu'on est petit", rappelle Pheno, alors que Jules Mbarga Seppo « Boudor » souligne que le Ngondo, la fête des Sawa camerounais et par extension leur culture, lui a "beaucoup apporté et (l'a) enrichi" pour le Slam. "Un commissaire de Ngondo m'a notamment donné une vingtaine de pages de proverbes Ngondo et m'a appris à les dire", explique-t-il, se souvenant que sa grand-mère lui racontait des contes. "Maintenant, il y a le Slam", se réjouit Pheno qui souligne que l'Afrique "avait besoin « grave » de ça, par rapport à tout ce qui se passe.
Ca permet dedégager cette rage. Le Slam touche à n'importe quel thème. Dans mes textes, je peux parler de la dégradation de la nature, des forêts comme des enfants soldats ou du manque d'inspiration". Beaurice, du collectif Styl'oblique, a consacré un texte aux guerres qui ravagent le continent et particulièrement la guerre civile qui a touché Congo-Brazzaville d'origine: "Dans mon pays, j'entends un tam-tam qui bat, et son rythme dit qu'il y a des combats (...) mon frère est mort".
Boudor, ancien rappeur du groupe Negrissime, a écrit des textes sur le "tourisme sexuel pour les Burkina-belles", "le peuple manipulé", "hommes d'Etat aveuglés" ou des "mauvais exemples donnés par les chefs religieux". "Je ne vais pas chercher mon inspiration sur Jupiter ou Pluton, c'est un peu être un miroir pour ma société", explique-t-il. "Il y a plein de choses encore taboues, qu'on n'ose pas dire.
Le Slam, c'est oser dire haut et fort ce que les gens ne pensent même pas!". Fly Aton, du collectif gabonais Eyo Slam, associe dans "Noir et fier" la couleur de sa peau et le slam: "Déchire mes veines et je t'assure que tu ne verras pas un semblant de sang blanc. Noir, je me réclame. Noir, je clame. Noir, je déclame. Noires sont mes origines, mon histoire et mon épopée. Noir je resterai malgré toutes les peines à écoper".
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