DAKAR (AFP) - Avec leurs mots ou ceux d'auteurs connus, des dizaines d'élèves du Sénégal apprennent à faire du slam - poésie urbaine - sur le thème de l'amour, dans le cadre du Printemps des poètes organisé pour la première fois dans le pays, en prélude à la Journée de la Francophonie.
Depuis lundi et jusqu'à vendredi, ces jeunes de cinq établissements de Dakar, sa banlieue et Gorée ont participé aux ateliers de "mise en slam" dirigés par Mike Sylla
Cet artiste sénégalais basé à Paris est à l'origine du "slam opéra", concept de spectacle pluridisciplinaire mêlant notamment slam, chant, danse et peinture.
"Ne te presse pas. On respire, on fait comme si on était à la maison, on prend le temps de lire son texte ou de le dire, sans gêne", dit-il à un jeune qui s'exprime à toute vitesse pendant qu'un guitariste égrène quelques notes.
Certains murmurent de timidité, d'autres oublient leurs vers. Tout yeux et tout oreilles, ils ralentissent leur débit ou l'accélèrent, enchaînent leur texte ou rajustent leur port de tête, suivant le geste du maître-slameur aux longues dreadlocks.
C'est le tour d'Emilie Mendy, des Parcelles Assainies (banlieue). "Allégeance. Dans les rues de la ville, il y a mon amour / Peu importe où il va dans le temps divisé / Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler / Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ?", déclame-t-elle.
"C'est super!", lance Mike Sylla. "C'est elle qui va représenter sa classe" pour le spectacle de slam opéra prévu le 20 mars au Théâtre national Daniel Sorano pour la célébration officielle de la Journée de la Francophonie.
Emilie est la seule parmi ses camarades à avoir choisi un texte du Français René Char (1907-1988), dont le Printemps des poètes fête cette année le centenaire de la naissance, renseigne son professeur, Malèye Barro.
"L'année dernière, c'était Léopold Sédar Senghor qui était fêté. Cette année, c'est René Char" sur le thème général de l'amour, explique Véronique Petetin, une responsable du projet de coopération franco-sénégalais "Qualité", dépendant du ministère sénégalais de l'Education, qui organise le Printemps des poètes-Sénégal.
Cet apprentissage du slam représente "un très beau travail sur la prononciation, l'élocution, l'amour des mots, de l'écriture, du texte. Avec ces approches (...) péri-scolaires, nous sommes au coeur même de l'enseignement et du désir d'apprendre", estime-t-elle.
Organisés à la Maison de la Culture Douta Seck de Dakar, les ateliers se tiennent en même temps qu'une exposition de textes poétiques produits par les élèves des cinq établissements concernés. "Presque trois mois de travail, pour arriver au 20 mars", précise Mme Petetin.
Certains de ces poèmes ont aussi servi à confectionner des "cartes postales poétiques" distribuées gratuitement dans le cadre du Printemps des poètes.
Des bouts de papiers manuscrits avec des dessins, esquisses ou coloriages sont fixés sur de grands panneaux à l'entrée de la salle des répétitions.
"(...) L'amour est l'addition des coeurs / La soustraction des soucis / La multiplication des baisers / Et la division des bonheurs", écrit Ndèye Fatim Sène, en 5e au collège Silèye Guissé des Parcelles Assainies.
Amy Sané, en 3e à l'école Abbé Pierre Sock de Sandaga (centre-ville), avait sans doute une meilleure muse, puisque son poème a été choisi pour la confection de l'affiche de l'évènement. "Tu es aimé / Pendant les meilleures heures et / Tes pires moments / (...) Mais tu ne pourras jamais / En douter / C'est la garantie et ton devoir / Parce que tant que tu respires / Tu es aimé
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